Le projet d’extension porté par la société Vidange nazairienne environnement (VNE) à Donges, dans la zone des Six-Croix, marque un tournant majeur : le passage du traitement de déchets non dangereux à la manipulation de substances hautement toxiques – eaux hydrocarburées, carburants, composé perfluorés dits polluants éternels (PFaS) – etc. Face aux insuffisances manifestes du dossier et aux risques encourus par le territoire, l’avis défavorable du conseil municipal se veut une exigence de responsabilité. Conscient de ses devoirs, le groupe Rassembler Donges au conseil municipal a abondé en ce sens, votant pour cette délibération, en séance de mai 2026.
Nos réticences vis-à-vis de l’extension locale des activités de VNE s’appuient sur des raisons sanitaires, mais renvoient aussi à un rapport à la démocratie. Nous les exposons dans la présente contribution à l’enquête publique.
Questionnement sur la conformité administrative et réglementaire
Le dossier de l’exploitant s’abrite derrière des validations de forme qui, de notre point de vue, ne sauraient garantir la sécurité réelle de la population dongeoise. Cette recevabilité n’est pas une validation : le fait que le dossier soit déclaré « complet et recevable » par l’administration signifie uniquement qu’il peut être instruit. Cela ne préjuge en rien de son acceptabilité environnementale, sanitaire ou sociale.
Concernant l’étude de dangers, elle est purement formelle. Bien que réalisée par un organisme reconnu, cette étude ne valide pas la pertinence des conclusions. La conformité réglementaire ne dispense pas d’analyser la qualité des hypothèses, l’exhaustivité des scénarii et les spécificités d’un territoire donné.
Enfin, nous considérons que l’absence de plaintes passées des riverains ne constitue pas a priori un indicateur d’absence de risque ou d’exposition sanitaire. À ce titre, la délibération du conseil municipal, de même que les inquiétudes communiquées par la Ville de Montoir-de-Bretagne, voisine (et formulées dans cette enquête publique), montrent bien le manque d’unanimité quant au bénéfice de ce projet.
Sur les risques industriels : l’angle mort des effets domino
L’étude de dangers de VNE affirme que le seul phénomène identifié est un déversement accidentel maîtrisé par confinement. Cette approche individualisée semble manquer de responsabilité dans un secteur comme Donges, caractérisé par une concentration exceptionnelle d’activités industrielles à haut risque (Seveso).
On constate une absence d’analyse systémique : le projet reste centré sur lui-même ; il omet d’intégrer les interactions potentielles avec l’environnement industriel existant et les effets domino inhérents à une telle densité d’industries.
Une évaluation sanitaire défaillante et non quantifiée
Le dossier ne répond pas aux exigences de l’évaluation des risques sanitaires (EQRS) en matière de pollutions chroniques et cumulées. Ainsi, pour conclure à l’absence d’effets cumulés, il passe sous silence la quantification des émissions de poussières, de métaux lourds et de composés organiques volatils (COV) des industries voisines. Sans caractérisation précise des sources existantes, l’affirmation de conséquences nulles paraît scientifiquement impossible.
Le principe de précaution doit prévaloir
L’article 5 de la Charte de l’environnement, adossée à la Constitution, impose aux autorités publiques de mettre en œuvre le principe de précaution lorsque subsistent des incertitudes susceptibles de provoquer des dommages graves ou irréversibles pour l’environnement ou la santé. Or, les zones d’ombre qui entourent ce projet, l’absence d’évaluation exhaustive des effets cumulés, les interrogations persistantes concernant les polluants éternels ainsi que la concentration forte d’activités industrielles sur notre territoire justifient a priori pleinement son application.
En pareil cas, le doute ne devrait pas bénéficier au projet, mais à la protection des populations. Le principe de précaution n’est ni un refus du progrès, ni une opposition systématique à l’activité économique. Il constitue au contraire un principe de responsabilité destiné à éviter que les générations présentes et futures aient à supporter les conséquences de choix insuffisamment évalués.
Une concertation démocratique insuffisante
Nous regrettons également la faiblesse de la concertation préalable. Une consultation ouverte tardivement, un dossier particulièrement technique et l’absence d’un véritable débat public en amont ne permettent manifestement pas aux habitants de se prononcer en toute connaissance de cause.
Une enquête publique, aussi nécessaire soit-elle, ne saurait se substituer à une véritable participation citoyenne sur un sujet aussi structurant. Parce que ce projet concerne directement la santé, la sécurité, l’environnement et le cadre de vie des habitants de Donges et de Montoir-de-Bretagne, il nous paraît indispensable que les populations concernées puissent faire entendre leur voix.
En conclusion
Rassembler Donges rappelle son opinion défavorable à ce projet, comme déjà exposé en mai dernier. Pour nous, la santé publique, la sécurité et la qualité de vie des Dongeois ne peuvent être reléguées à un plan second, même en présence d’intérêts industriels forts.
De fait, nous conditionnons toute approbation future de ce dossier à quatre exigences impératives, qui, pour l’instant, ne sont pas réunies. Pour nous, toute approbation d’une extension des activités de VNE à Donges devrait passer par un approfondissement rigoureux de l’évaluation des effets cumulés à l’échelle de l’intercommunalité ; la production de données quantitatives complémentaires et précises sur les émissions atmosphériques et conséquences de long terme ; une expertise indépendante afin de consolider de manière transparente et fiable les conclusions techniques ; enfin, une concertation renforcée et transparente avec les habitants, respectant enfin leur droit à un environnement sain.
Idéalement, ce dernier point devrait prendre la forme d’une consultation citoyenne, dans les communes de Donges et à Montoir-de-Bretagne. Cette dernière démarche s’inscrirait dans un droit d’interpellation citoyenne que, de manière générale, nous souhaitons généraliser au niveau communal, sur les grands sujets structurels – notamment industriels et d’aménagement – concernant les populations dans leurs bassins de vie.
– Signataires
Micheline Aupiais Bivaud
Michaël Bodin
Gauthier Bouchet
Julien Briand
Alexandra Dairin
Anasthasia Delalande
Franck Exandier
Maxime Klaus
Julio Pichon
Véronique Tessier
Annabelle Verger
Sur ce même thème
